Être une femme dans un métier de sciences.

Être une femme dans un métier de sciences.

En France, dans les écoles d'ingénieurs, les femmes représentent à peine 28% des étudiants en 2017. De 809.000 ingénieurs en activité en fin d’année 2016, les femmes ingénieures représentaient seulement 20 % de cette population : même pas un quart des ingénieurs en France sont des femmes.

 

Je ne sais pas si je vous l’avais déjà dit mais je fais partie de ce 20%. Oui, je suis ingénieure en télécom ! C’est d’ailleurs grâce à ce métier que j’ai eu l’opportunité de beaucoup voyager en Europe et en Asie, notamment en Chine où j’ai habité pendant un an ! (il faut que je vous raconte les détails un jour) et c’est aussi comme ça que je suis atterrie ici en France. J’exerce toujours, parce que, tout comme la création de maillots de bain, c’est un métier qui me passionne encore alors je jongle entre les deux.

 

Il y a quelques semaines j’ai assisté à l’une des conférences le plus importantes dans le secteur de télécommunications. À peu près 16.000 professionnels de télécoms se donnent RDV une fois par an dans une ville Européenne pour échanger et découvrir les dernières technologies d’un important acteur dans le domaine : Cisco. Pendant une semaine on fait le plein de conférences, événements, RDV et même soirées et dîners avec nos confrères du monde. Cette année c’était à Barcelone, une ville que j’affectionne énormément ! Comment ne pas aimer une ville où même en hiver toutes les plages sont agréables, on peut manger au bord de l’eau, se balader pieds nus sur le sable et respirer l'air marin... J’ai évidemment bien profité pour faire tout ça !

 

Comme chaque année que j’assiste, pendant cette semaine je me suis retrouvée très souvent la seule femme dans les grandes salles de conférences, dans les couloirs et la cantine. Le chiffre officiel de l’évènement : 6%, uniquement 6% de participants sont des femmes ! Chaque année je me pose les mêmes questions : D’où viennent ces disparités si nos compétences scientifiques sont exactement les même que celle des hommes ? Les femmes ne sont-elles pas intéressées par ce secteur ? Ou nous sommes encore dans une société de représentations stéréotypées où les métiers de « génie » ne sont pas destinés aux femmes ? Est-ce que ça changera, au moins un peu, avec le temps ?

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MA réalité dans le monde ingénieur.

Je me suis dit que c’était l’opportunité pour vous parler de ma vision du métier, de la place que nous les femmes occupons dans l’industrie et quelle a été MA réalité du monde ingénieur pour les femmes.

 

Ma mère et mon père ils ont fait tous deux une école d’ingénieurs (c’est comme ça qu’ils se sont rencontrés) et les deux exercent leur métier encore à ce jour. Donc, pour moi il n’y jamais eu de doute, si je le voulais, l’ingénierie était à ma portée. A vrai dire, c’était un choix un peu évident pour moi et c’est alors sans surprise que je suis partie dans des études scientifiques et j’ai décidé de prendre en main mon avenir en faisant ce que je voulais faire, même si mes amies étaient très nombreuses à partir dans des études plutôt littéraires. J’ai donc continué mes études sans elles et mes amis sont devenus de plus en plus masculins. Mais j’avais quand même une ou deux copines de promotion ! A l’école je n’avais pas encore remarqué cette « singularité » du métier, je commençais à m’adapter sans me rendre compte. Finalement j’ai obtenu mon diplôme et j’ai fêté cela avec quelques amies de ma promotion ayant aussi réussi leurs études d’ingénierie.

 

J’ai rapidement obtenu un emploi dans le métier ; j’ai eu un poste d’ingénieur dans un gros équipementier de télécoms chinois. Le peu de copines que j’avais à l’école, n’ont pas été embauchées au même endroit, évidement. Je me suis donc retrouvée dans un environnement encore plus masculin. Mon salaire n’était pas équivalent à celui de mes collègues masculins, mais cela ne m’a pas dérangé, la passion du métier est bien plus forte pour moi. Là je commençais à me demander pourquoi les hommes étaient si nombreux dans cette entreprise. Pourquoi je ne voyais pas de collègue féminine jour après jour. Dans mon équipe de dix personnes, j’étais la seule femme.

 

Je me suis rapidement adaptée à un milieu essentiellement masculin, j’ai changé mes discussions et j’ai usé de patience pour rentrer dans le cercle de ces hommes touchant facilement 10% de plus que moi. Je profitais de mes amies en dehors du travail, et cela faisait beaucoup de bien de pouvoir aborder des sujets plus féminins de temps en temps.

 

Particulièrement en arrivant en France, je sentais toujours une certaine retenue de la part de mes collègues. Je restais une femme et une étrangère (avec l’accent qui va bien) et cela marquait une différence dans le milieu du travail. J’étais jugée comme étant plus fragile, physiquement et psychologiquement. Au départ, je me sentais mise à l’écart de projets importants et souvent on me demandait si j’avais besoin d’aide pour tel ou tel projet… ils croyaient bien faire… mes compétences techniques étaient bien prouvées mais ma personne devait se faire une place pour briser la barrière des genres, il fallait s’imposer un peu pour se faire écouter et pour montrer qu’on est légitime.

 

Mes collègues ont eu un temps d’adaptation et acceptation, et oui, ils ont fini par m’écouter et ils ont arrêté de me demander si j'avais besoin d'aide, ils ont bien vu que, comme eux, je pouvais tout gérer et j’ai fini pour faire ma place dans l’entreprise et auprès de professionnels reconnaissant mes compétences. Mon travail est irréprochable et mes résultats concurrencent facilement ceux de mes collègues masculins. Je suis leur égal dans le métier et mes compétences et mes performances n’ont plus rien à prouver. Aujourd’hui, mon salaire est bien aligné sur celui de mes collègues masculins, mes compétences sont bien reconnues dans mon entourage et j’ai eu une belle évolution professionnelle et personnelle. De plus, si un jour j’aurai envie de changer, je sais bien que ça serait bien plus simple pour moi que pour eux, puisque, soyons honnêtes, actuellement les recruteurs sont particulièrement motivés par l’intégration femmes ingénieures dans les équipes. Encore, étant plus rares sur le marché du travail, je serai en position de force pour négocier mon salaire.

 

Donc, finalement, être une femme dans un métier scientifique et technique n'a pas été un frein à ma carrière, tout au contraire, les femmes ont une vraie place dans l’ingénierie. Certes, être une femme dans un milieu essentiellement masculin n’est pas une chose facile, on cherche la présence féminine dans ce métier, mais cela ne m’a pas empêché de réussir dans mon travail et de nouer des liens avec mes collègues masculins.

 

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